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Christianisme et Yoga: Dom le Saux

13 mars 2014

Christianisme et Yoga: Dom le Saux

Dom le Saux, Henri le Saux (1910-1973), moine bénédictin à l'abbaye de Kergonan en Bretagne, quitte son monastère avec l’autorisation de ses supérieurs pour vivre en Inde. Il y rencontrera des sages, tels Ramana Maharshi et Gnânânanda. Grâce à sa connaissance du Sanskrit, il s’adonne à la lecture des Upanishads. Envisagées dans une perspective chrétienne, celles-ci deviennent pour lui une véritable révélation du Soi à travers le soi.

"Ce qui m’intéresse comme la valeur universelle de l’expérience hindoue, c’est exactement ceci: retrouver la vérité, ne pas demeurer prisonnier du concept… Si le Christianisme veut pénétrer au-delà du monde culturel méditerranéen, il lui faut affronter l’irréfutable expérience spirituelle de l’Hindouisme et du Bouddhisme…».

 

Dom le Saux, Henri le Saux (1910-1973), moine bénédictin à l'abbaye de Kergonan en Bretagne, quitte son monastère avec l’autorisation de ses supérieurs pour vivre en Inde. Il y rencontrera des sages, tels Ramana Maharshi et Gnânânanda. Grâce à sa connaissance du Sanskrit, il s’adonne à la lecture des Upanishads. Envisagées dans une perspective chrétienne, celles-ci deviennent pour lui une véritable révélation du Soi à travers le soi. Elles lui enseignent les étapes du total renoncement donnant accès à la voie de la libération conduisant à l’éveil. Moine chrétien et sanyâsi, fidèle à sa vocation bénédictine, il apporte à l’occident le message de l’Inde. Celui-ci présente la voie suivie par les sages, les rishis, les saunais, c’est-à-dire par des hommes enracinés dans le Mystère et qui n’ont d’autre but que de vivre intensément dans le secret. En cela ils sont les frères des grands mystiques chrétiens. A une époque où les guides spirituels deviennent de plus en plus rares, le témoignage d’Henri le Saux répond à un appel et à une nécessité.


 

 

Henri le Saux est né en Bretagne, à St Briac le 30 août 1910. Il était l’ainé d’une famille de huit enfants. Ses parents tenaient un commerce d’alimentation, un oncle maternel, prêtre des Missions étrangères, mourut martyr en Chine en 1940. Très jeune Henri le Saux exprimait déjà le désir d’être prêtre. Il entra successivement au Petit Séminaire, puis au Grand Séminaire de Rennes où il laissa le souvenir d’un brillant élève. Ses supérieurs voulurent l’envoyer à Rome poursuivre ses études de théologie mais il refusa se sentant appelé à la vie monastique. En 1924, sa mère faillit mourir à la naissance d’une enfant qui ne vécut pas. Alors âgé de quatorze ans, il fit le vœux de ne rien refuser au Seigneur (même de partir dans les missions les plus lointaines), si sa mère guérissait. Et elle guérit. En 1919, il fut mobilisé en Lorraine, et en 1940 fait prisonnier avec tout son régiment dans la Mayenne. Il arriva à se sauver en se cachant dans un champ de blé, puis à gagner Fougères où un garagiste lui donna un bleu de travail et une bicyclette qui lui permit d’arriver la nuit suivante chez ses parents à St Briac, et de là rentrer à son Abbaye. La guerre terminée, Henri le Saux se trouva mis en contact avec l’Abbé Jules Monchemin, pionnier du dialogue authentique avec l’Hindouisme qui vivait dans le sud de l’Inde de puis plusieurs années. Il y menait « Une vie consacrée à la connaissance et au service de l’Inde, orientée par son unique désir, celui de l’incarnation du Christianisme dans les modes de vie, de prière, de contemplation propres à la civilisation indienne». Ce contact fit retentir plus fort que jamais l’appel qu’il entendait déjà depuis un certain temps à se rendre en Inde.

 


 

L’année suivante il se mit à l’étude du sanscrit et du tamoul, et adopta un régime strictement végétarien en vue de se préparer au Grand Départ. Au mois de juillet 1948, Henri le Saux quitte l’Abbaye de Kergonan pour arriver en Inde le 15 août. Il ne devait plus quitter sa nouvelle patrie, dont il deviendra en 1960 officiellement citoyen. Il va fonder avec le Père Monchemin l’ashram du Shantivanam, «du bois de la paix» près de Tiruchirapalli au tamil Nadu. En 1950, le jour de la St benoît, il y célébrèrent la première messe solennelle dans la chapelle qu’ils ont construite sur le modèle des temples hindous du Sud de l’Inde. C’est dans cette solitude qu’il écrivirent en collaboration -Ermites du Saccidânanda-, c’est-à-dire de celui qui est cet Etre -Connaissance-Félicité, selon la définition que l’Inde donne de Dieu. Le livre portait en sous-titre «Un essai d’intégration chrétienne de la tradition monastique de l’Inde ». Les deux ermites à leur arrivée au Shantivanam prirent des noms indiens. Henri le Saux choisit celui de Swami Abbshikteshvarânanda (réduit plus tard à Abbishiktananda) et qui signifie la Félicité de l’Oint. Il adopta également le vêtement orange des sannyasis, des moines hindous.

 

 

Six mois plus tard, il se rend à Tiruvannamalai afin d’y rencontrer un des sages les plus authentiques de l’Inde contemporaine: Shri Ramana Maharshi. Il décrit ce premier Darshan en ces termes: «Avant même que ma pensée n’ait pu le reconnaitre, ni surtout l’exprimer, l’auréole intime de ce Sage avait été perçue par quelque chose en moi, au plus profond de moi-même. Des harmonies inconnues s’éveillaient dans mon coeur… c’était le Sage unique de l’Inde universelle qui m’apparaissait, c’était la lignée jamais interrompue de ces sages, renonçants, c’était comme l’âme même de l’Inde qui perçait jusqu’au plus intime de mon âme à moi et entrait avec elle en communion mystérieuse. C’était un appel qui déchirait tout, qui fendait tout, qui ouvrait tout grand un abîme». Henri le Saux séjourna entre 1952 et 1956 dans différentes grottes de la montagne sainte d’Arunâchala. Temps d’immersion en milieu hindou qui marquèrent une étape capitale dans sa progression vers l’autre rive. C’est dans le silence et la solitude qu’eut lieu la première Grande Percée spirituelle et qu’il écrivit «Guhantâra» (celui qui habite dans la caverne, à la fois matérielle et celle du fond du coeur). «Le sannyasi chrétien s’aperçoit avec stupeur qu’en s’engouffrant aux grottes d’Arunâchala c’est au coeur même de l’hindouisme qu’il a pénétré… Plonger au plus profond de Soi, oublier mon propre moi. Se perdre dans le divin qui est à l’origine de mon être, ce n’est pas moi qui atteins le fond, c’est le fond lui-même qui se révèle en l’anéantissement de ce moi. Je ne puis que sombrer, mais si je sombre, je me réveille: resurrexi et adhuc tecum sum ».

 

 

En décembre 1955, Henri le Saux est introduit auprès d’un autre sage, très proche spirituellement de Ramana Maharshi , Shri Gnânânanda, en son ashram du Tapovanam. Il notera dans son journal « je ne puis échapper à la conviction que c’est lui mon Guru ». Il entreprend quelques mois plus tard une très sévère retraite à Kumbakonam, il restera enfermé dans un cellule au sous-sol du Mauna Mandir 32 jours du 6-11 au 8-12 dans la réclusion la plus complète et en silence total. Les Himalayas l’attirent. Il s’y rendra en 1959 et s’y joindra aux flots ininterrompus des pèlerins hindous qui, à pied, chaque année montent aux sources du Gange. Il fit ainsi plus de trois cent kilomètres pour se rendre successivement à Kédarnath le sanctuaire de Shiva à 3600 mètres d’altitude et à celui de Badrinath dédié à Vishnou qui est un peu moins élevé. «Les Himalayas m’ont conquis» écrit-il au retour. Il s’établit en plein coeur des Himalayas à Uttarkashi, la ville des moines, dernière grande étape du pèlerinage à la principale source du Gange, celle de Gangotri. En 1962, il se fait construire au bord du Gange, un minuscule ermitage de quelques mètres carrés avec une soupente à l’étage à laquelle on accède par une échelle et où il est impossible de se tenir debout. C’est là, qu’assis en lotus, il célèbrera chaque matin l’Eucharistie, face au fleuve sacré qu’il voyait par une lucarne aménagée au raz du sol. «Ce qui m’intéresse comme la valeur universelle de l’expérience hindoue c’est exactement ceci: retrouver la vérité, ne pas demeurer prisonnier du concept… Si le Christianisme veut pénétrer au-delà du monde culturel méditerranéen, il lui faut affronter l’irréfutable expérience spirituelle de l’Hindouisme et du Bouddhisme…». 

 


 

Le père Saux va sillonner de l’Inde du Nord au Sud, et d’Est en Ouest pour répondre aux multiples appels qui lui parviennent de partout pour prêcher des retraites, et participer activement aux travaux de l’Eglise de l’Inde. Il fit de nombreux satsangs chez les pères jésuites tant à Delhi qu’à Madras et Poona, et participa enfin à de maintes reprises à des réunions oecuméniques, soit entre chrétiens appartenant à diverses églises et désireux d’approfondir leur connaissance de la spiritualité hindoue, soit entre hindous et chrétiens, soit encore qu’il fasse des séjours dans différents ashrams chrétiens avec lesquels des liens très profonds le reliaient. Parallèlement, son influence s’exerça également en Europe et en Amérique, tant par le truchement de ses livres que par l’abondante correspondance qu’il entretenait avec de nombreuses personnes, membres de sa famille, prêtres et amis. Chaque fois qu’il remontait à Uttarkashi, c’est avec loie qu’il retrouvait son nid d’aigle et la compagnie silencieuse des sâdhus, ses voisins: « J’ai besoin de retrouver cette solitude, près du Gange, après l’enrichissement des contacts humains des semaines qui s’achèvent, » écrivait-il après un long périple à travers le pays. C’est dans ce cadre grandiose et solitaire d’uttarkashi, qu’il rédigea en 1970 « Le message contemplatif de l’Inde ». Swami Abbishiktananda quittera son ermitage himalayen en 1971 et s’établira après avoir séjourné au lieu saint d’Haridwar, dans un ashram perdu dans la jungle, en amont de Rishikesh. Aucun détail de la vie ne lui échappait. Entouré de ses disciples, il prenait intérêt à tout. Il écrivit en 1973 « Tout va bien, mon pêcher est rempli de fruits, les rosiers sont en fleurs… Je viens de célébrer l’Eucharisitie ». En mai 1972 il séjourne avec ses disciples dans le petit ashram solitaire de Phulshakti (près de Rishikesh). Tout le temps y est consacré à l’étude des Upanishads, « Je sais maintenant que l’Upanishad est vraie comme dit la Chândogya Upanishad, c’est l’entrée dans la lumière suprême, l’Atman, c’est la félicité, c’est Brahman »

 

 

La dernière des étapes de cette extraordinaire montée vers Dieu que fut la vie d’Henri le Saux, se situe entre avril et juillet 1973. En avril-mail, il rédige en anglais « Sannyâsa ou l’Appel au désert » en vue de l’initiation monastique ½cuménique de son disciple M.C, qui devait avoir lieu le 30 juin au bord du Gange, et qui lui fut conférée conjointement par le Père le Saux, moine chrétien, et par Swami Chidanandaji, moine hindou. Ainsi s’effectuait pour M.C, sous son nouveau nom d’Ajatananda, l’entrée dans la double lignée monastique: la chrétienne et l’hindoue, dans l’unité de l’Esprit. Quelques jours plus tard il écrira au nouveau Swami «Ce fut trop beau ce matin du 30 juin… Ta dikshi (initiation rituelle) m’a fait frissonner jusqu’au fond de l’être, m’enlevant à moi-même, me perdant aux espaces infinis où je ne sais plus rien, où je me cherche en vain! OM!». Les journées qui précédèrent immédiatement la crise cardiaque du 14 juillet, Henri le Saux les vécut avec Ajatananda, son disciple, en errance le long du Gange, et auprès d’un petit temple à Shiva, perdu dans la jungle. Ce furent des jours durant lesquels il vit s’ouvrir en lui-même « des profondeurs de plus en plus abyssales… Une apocalypse intérieure qui à certains moments éclatait au dehors en une transfiguration de gloire… » Cette intense expérience intérieure atteignit son acmé, quand un très grave infarctus le cloua soudainement au sol dans la rue du marché de Rishikesh. Selon ses propres dires, ce fut une extraordinaire aventure spirituelle. Terrassé dans son corps mais parfaitement lucide, il atteignit en toute conscience au grand Eveil, et ayant « pénétré en sa source, il reconnut au secret de Soi, le Mystère de Dieu, en son Epiphanie ». Fin août il écrivit à un ami: « La crise cardiaque ne fut que la toile de fond d’un temps spirituel merveilleux, la découverte existentielle que vie et mort ne sont que des situations particulières… J’ai découvert le Graal! Et le Graal n’est ni loin ni près, il est hors de tous lieux… L’envol, l’Eveil… et la quête est consommée… Chez l’homme qui a renoncé, les yeux s’ouvrent, il comprend là où il est, il trouve là son essence et sa vie bienheureuse… ». 

 


 

Tous ceux qui l’ont vu durant les mois qui ont précédé son Mahâprasthâna, son grand départ, qui eut lieu le 7 décembre 1973, sont unanimes à témoigner de la transparence de tout son être au Mystère intérieur, à la Présence ; du rayonnement extraordinaire de son sourire, de tout son visage investi de lumière et surtout de la singulière expression de ses grand yeux émerveillés qui en disaient long à ceux qui se faisaient toute écoute… Le pèlerin de l’Autre rive avait atteint le but, tout son être était maintenant harmonisé, unifié, pacifié ; totalement fidèle au Christ son Sadguru et totalement immergé en son fond, il était remonté à son origine. Son expérience chrétienne et l’expérience Upanishadique avaient reflué à leur source unique. «Il avait fait le grand bond en avant qui fait passer l’homme à l’Autre Rive de Soi. Il avait découvert le centre réel de Soi au centre du monde, dans le principe même où le monde prend son origine ».

 

Lectures: Sagesse hindoue, Mystique chrétienne / La rencontre de l’hindouisme et du christianisme / Une messe aux sources du Gange / Prayer / The Church in India / Eveil à Soi, Eveil à Dieu / Initiation à la spiritualité des Upanishads

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